Comment casser une cause d'intérêt général ?
Plusieurs techniques existent, dont certains diront qu'il s'agit là de
coopérations, et j'en conviens parfaitement.
Citons entre autre le lobbying entre industriels et parlementaires. Certes
ce sont des collaborations. Car les parlementaires ne sont pas des experts en
tout. Et pour légéférer il faut connaître et maîtriser. Or les parlementaires
pourraient très bien consulter d'autres parties prenantes. Et c'est là que le
bas commence à blesser.
Pour casser une question d'intérêt général, faire fondre les élans positifs,
bref décridibiliser une cause, c’est tellement simple.
La recette ?
- d’abord, il faut parier sur la durée, créer des événements, majeurs ou
mineurs, voire dillués dans le bruit ambiant, avec une dose de bruits de
paillasson, et pourquoi pas un scandale sanitaire à la clé ?
- puis exploiter les mass-media, ceux qui sont preneurs d'une rumeur, et les
autres, dispos pour jaser sur un sujet de société sans prendre de recul. On
commence par la presse écrite, la TV (vous savez l'aspirateur à cerveaux
disponibles ?), les radios... Et il nous faut une petite dose d'experts, des
gros qui tâchent, des sommités, ou des inconnus. Seul compte le sous-titre :
"directeur de..." ou "expert en .... auprès de la comission Machin".
De fil en aiguille, les émissions intelligentes de M6, Envoyé Spécial, voire
mieux les programmes de France 5 ou d'Arte, nous servent une soupe parfois un
peu indigeste, souvent à la limite de l'insuportable flagornerie vile et
démente, les plus fréquemment sans prendre de recul et vérifier les
informations technico-scientifiques citées (c'est un expert qui le dit, on ne
va pas vérifier hein ??").
Très récemment donc, c'était au tour des cosmétiques bio d'en prendre une
charge (de plombs). L'experte en cosmétiques interviewée, sommité parmi les
références en la matière, nous explique avec calme et affirmation que les
cosmétiques bio utilisent des conservateurs prohibés (ah bon ?), et que, quand
bien même cela ne serait pas prohibé, les fabricants de cosmétiques bio
utilisent massivement de l’alcool, alcool qui serait selon ce sujet ô combien
édifiant un produit nocif pour notre joli derme. Passons sur le fait que
d'autres composés bio, comme les huiles essentielles, provoquent des allergies.
AAaaahhh... !! Cessez cela, messieurs les censeurs !!
Les journalistes nous emmmennent chez Weleda, pour apporter des preuves. On
ne cite pas de marque, mais on la reconnait quand même ! Et là le tsunami
mass-media commence à faire son effet, doucement et sûrement. Pour mémoire,
chez Cattier, l’AFSSAPS avait "interdit" un produit, ce qui a
permis d'imprimer dans la tête des consommateurs aux cerveaux disponibles :
"les cosmétiques bio c'est caca". Point de trop en dire, les mots longs pour
les cerveaux disponibles ca n'est pas compatible.
Avec quelques articles de presse bien sentis, et des reportages à la TV, on
peut se poser une question : qui en veut à la peau de Roger Rabbit, c'est à
dire plus prosaïquement "qui en veut aux produits bio" ?
Le bio c'est hype, c'est chic, le développement durable tout le monde en
parle, personne ne sait vraiment ce que ca veut dire, le bio c'est trop
tendance. Les dream-trendsetters vous le diront : la vague de fond verte a
commencé en 2007, merci Sarkozy et le Grenelle -au passage, le Grenelle de
l'Environnement ce sont les ONG qui ont lâché l'idée, pas Sarko-, elle va
dévaster le marché conventionnel à partir de 2009. Pas de conneries
messieurs-dames : on veut garder nos parts de marché et larguer les chimiques
en Grande Distribution (oui madame, je mets des majuscules à la noblesse).
Chacun veut sa part, avec du green-washing de mieux en mieux pensé. Regardez la
liste que fait l'Observatoire Indépendant de la Publicité, et vous m'en direz
des nouvelles.
Plus récemment encore, la firme à la pomme, qui fabrique des ordinateurs et
des baladeurs blancs, a osé affirmer que son nouvel ordinateur portable est
super vert... C'est le comble pour un fabricant que Greepeace a longtemps
cassé, hop au fond du classement la pomme pourrie, car en tant que gros
pollueur cette firme pouvait juste se taire, ca aurait permis quelques usages
de cerveaux à valeurs ajoutées !
Et puis, il n'y a pas que les produits électroniques qui sont en jeu : chez
les constructeurs de maison individuelle, tout pareil... Ca y est il aime sa
planète, alors qu'avant il coulait des maisons en béton sans soucis. Une
mini-feuille verte ajoutée à son logo, et hop la conscience passe du gris-béton
au vert-espoir.
J'en connais plus d'un industriel que la bio saoule, dérange, gratte,
perturbe, et qu'ils aimeraient voir passer à la trappe. Car ce qui est énervant
chez les industriels conventionnels, c'est qu'ils veulent protéger leur pré
carré, or leur pré n'a plus d'herbe depuis bien longtemps. Mesdames et
messieurs les chimico-industriels, réfléchissez à votre stratégie de
développement durable, au lieu de jalouser les petites réussites des marchands
bios, chacun à sa manière doit faire grimper le marché vers le haut, non en
concurrence et bien en complémentarité. 
Pour résumer, les produits bios ne sont pas plus dangeureux que les
produits chimiques, je dirai même l'inverse. Quelques études tendent
globalement à montrer à court terme que les produits biologiques sont très
bons. Quant au sujet du long terme, je vous laisse réfléchir de qui a le moins
bon impact entre un produit chimique qui pollue rivières, terres et nappes
phréatiques et mettra des centaines d'années à se dégrader, et un produit
biologique qui se dégrade à courte échéance, c'est à dire en quelques mois.
Quoi qu'il en soit, citoyens et consommateurs, restez avertis,
informez-vous, prenez du recul, recoupez les informations, là où les
journalistes ne semblent pas très au point sur la consultation des parties
prenantes 
edit : Laurence d'Aboneobio a publié un billet sur ce sujet également :
http://www.aboneobio.com/blog/?2009/03/18/1040-cosmetiques-bio-le-bonheur-est-il-dans-le-pot-droit-de-reponse-a-cosmebio-suite-au-reportage-envoye-special&cos=1