Dans un délicat billet vu ce matin sur un réseau social, la brillante et voisine association Breuillet Nature publie un post pour le moins interpellant et militant à son échelle à propos d'Amaz*n.

Cette société ultra-capitaliste ne fait pas partie de celles que je porte dans mon coeur, ni dans mon esprit d'ailleurs. Je refuse tout acte achat et toute forme de visibilité via cette société depuis des années.

Breuillet Nature que je cite en intégralité ici dit :

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Un ANTI MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE : l'entrepôt AMAZON sur l'ancienne base aérienne de BRÉTIGNY SUR ORGE, inauguré ce mardi matin 22 octobre à 11 h.

Au nom d'un "écologisme pragmatique" et de la "responsabilité politique", Eric Braive, Président de Cœur d'Essonne Agglomération, a cité les 800 emplois créés par Amazon à Brétigny Sur Orge au cours de la réunion publique du 5 septembre dernier à Breuillet, sur le projet de SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale)

Le prix à payer nous parait trop lourd pour partager ce point de vue en l'état actuel de cette création commerciale (https://www.youtube.com/watch?v=G5oc0X6n8vU) :

1. Des emplois en grande partie précaires et aux dures, voir dangereuses, conditions de travail (http://www.leparisien.fr/…/amazon-va-recruter-mille-personn…),

2. Un trafic automobile majoré de 10 % dans un contexte de trafic saturé,

3. Une destruction systématique des marchandises neuves non retirées,

4. Une consommation de l'espace très importante (142 000 m2) pour cette construction et son gigantesque parc de stationnement ,

5. Une fragilisation du commerce de centre ville et des zones d'activités commerciales existantes,

6. -Une absence de pistes cyclables adaptées pour y accéder

7. Last but not least, une absence de PCAET Plan Climat Air Énergie Territoire pour relever le défi de la transition énergétique dans un grave contexte de réchauffement climatique et de pollution de l'air( https ://breuilletnature.blogspot.com/2019/04/le-plan-climat-air-energie-territoire.html).

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Et je suis totalement d'accord avec les propos de Breuillet Nature.

Ce à quoi on peut aussi ajouter quelques commentaires supplémentaires, largement connus, notamment via le journalisme des équipes qui oeuvrent pour les programmes TV que sont Cash Investigation et Envoyé Spécial.

+ la destruction à terme des petits commerces

+ l'ultra-concurrence industrielle entre grosses entreprises (Carrefour, Wal-Mart, Alibaba...)

+ la robotisation accélérée des entrepôts qui cassent l'activité salariée humaine

+ l'impact environnemental sur le lieu et ses environs

+ la verrue visuelle

...

Alors que construire sur un grand endroit peut aussi s'intégrer au paysage. Les architectes spécialisés savent faire :

- végétaliser le bâtiment avec des haies d'ombrage tout autour constituées de lianes pérennes (de l'ombre avec des vraies plantes en terre sans qu'elles ne touchent le bâtiment)

- Végétaliser le parking pour en faire une forêt comestible / refuge pour les oiseaux et insectes

- Installer du solaire aérothermique pour chauffer le bâtiment l'hiver en complément du géothermique

- Sur-isoler le bâtiment pour en faire une structure passive (bois / paille / argiles), voire un bâtiment positif

Etc.

Les applications concrètes et fonctionnelles existent depuis longtemps.

On peut encore imaginer dans un endroit aussi venteux des éoliennes horizontales ou verticales, pour participer au fameux mix énergétique si cher aux industriels.

Et on peut rajouter encore des kilomètres de remarques :

exemple que je commence à connaitre plutôt bien : la situation des agriculteurs conventionnels versus les bio, avec ou sans aides publiques.

14 hectares cultivés en conventionnel en grandes cultures, ça rapporte à un exploitant agricole conventionnel :

14x 400 euros de suventions PAC (DPU + ses extensions diverses, je vous passe les détails des équations financières et de l'optimisation fiscale et technique) par an en moyenne = 5600 euros

+ le prix de vente des cultures (imaginons que ce soit bu blé tendre) : 180 euros / t multiplié par 7,3 tonnes par hectare = 1300 euros (je laisse les virgules sur le tas de compost pour aller vite).

Donc en tout l'exploitant agricole gagne au bas mot 6900 euros par an sur cette surface.

Il est possible que je me trompe.

Quoi qu'il en soit, puisque cette surface a été construite, elle est donc passée d'une manière ou d'une autre en zone constructible. Et -à moins que le terrain concerné et ses axes routiers aient été passés en projet d'intérêt général par une structure publique, ce qui serait culotté vu que Amaz*n ne sont pas les exemples les plus intéressants en matière de positivité- de ce fait le prix au m2 (ou à l'hectare) a grimpé en flèche. Donc pour le propriétaire du terrain c'est tout bénéfice sur le plan financier. A raison d'une moyenne de 6500 euros / ha (c'était le prix il y a quelques années, ça a sûrement du évoluer à la hausse), ça nous fait du 91.000 euros. C'est largement plus rentable que de louer le terrain agricole à un fermier (un locataire) qui fait des céréales. Et quand le producteur de céréales est locataire, pour lui le chiffre d'affaire à l'hectare est ponctuellement augmenté de 13x. Autrement dit quand le producteur est propriétaire il gagne sur cette surface 13 années d'activité. De quoi lui assurer un confort financier à court terme.

Evidemment tous ces calculs sont basés sur des moyennes, à revoir à la hausse (quand le foncier agricole est proche des zones urbaines il est plus cher) ou à la baisse (quand le foncier passe en projet d'intérêt général et préempté par une structure publique ou para-publique, comme par exemple quand c'est un département ou la SAFER qui rachètent le terrain), et peuvent être soumis à larges débats pour savoir ce qui est le plus intéressant.

Ce qui est sûr est simple finalement : ce ne sont pas les individus en bas de l'échelle des castes socio-économiques qui gagnent en qualité de vie.

J'aimerai bien connaître l'argumentaire fallacieux et les éléments de langage de l'équipe commerciale aux dents longues d'Amaz*n pour rire de la situation. Et accessoirement savoir comment dans les détails un tel projet monstrueux à pu être monté (ne me dites pas que 14 hectares d'un complexe bâtiment/parking bétonné et minéral c'est joli au milieu des champs et des quelques arbres / bosquets qui restent visibles au lointain...).

ceci dit si on regarde le terme "développement durable" au sens des ultra-capitalistes très libérés, qui le lisent comme "augmentation du capital financier coûte que coûte sans respect réel ni bien-être", c'est bien un modèle de "développement durable" (je place des guillemets avec des pincettes, tant il m'est difficile de tenir ces phrases entre mes mains, on n'a pas la même définition de la durabilité et du développement eux et moi).

Et je sais que certains élus qui ne regardent que l'intérêt économique à court terme, et qui disent ne pas avoir de prise sur les acteurs économiques majeurs, ne seront pas d'accord avec moi. Car c'est vrai au fond : les élus actuels qui affirment ça sont certains de se programmer sur le plan neuro-linguistique pour ne pas avoir d'influence sur ces acteurs économiques là... De la PNL négative appliquée au monde politique... 

On n'arrête pas le progrès messieurs-dames :/ 

Crédit photo : DR Breuillet Nature