2010 a été une année riche d'événements. Je ne vais pas m'étendre sur
l'intime, même si un 3e lutin est arrivé dans la famille, et c'est très
bien.
Côté environnement, 2010 a été l'année de la biodiversité. Année décrétée
par l'ONU. Youpi !
Je vais me livrer une fois n'est pas coutume à un exercice délicat :
lier biodiversité et économie.
Soulignons donc au passage quelques anecdotes dont les
médias de masse se sont peu gargarisés, et qui montrent l'importance
économique que la biodiversité représente désormais.
Le tout en quelques questions sans réelles réponses transparentes et
simples.
L'ile se refait une beauté ?
Sur l'Ile Maurice tout d'abord, 50% des coraux ont
disparu à cause du changement climatique. Des équipes scientifiques
ont donc décidé de créer une barrière de récif artificielle, à base de coraux
cultivés en bassins. Quid de la conservation d'une large biodiversité sur ces
barrières de corail si seules quelques espèces cultivées sont réimplantées dans
l'océan ? Rien ne semble évident. En trame de fond se présente cependant un
enjeu important : conserver les flux de touristes. A hauteur
d'1 milliard d'euro par an, le tourisme est la première source monétaire
entrante sur Maurice.
Sans les coraux, les plages risquent d'être moins fréquentées ?
Pour 700 dollars de plus
Dans les mers et océans chaudes ensuite. Le requin représente une mane
financière gigantesque. A 700 dollars US le kilo d'aileron de
requin, la pêche du requin devient folle. Or à force de pêcher de
multiples espèces de requins, il s'avère que nombre d'entre elles sont en train
de disparaître. Souvenez-vous que certains requins comme le grand requin blanc
sont en bout de chaine alimentaire. S'ils disparaissent, quel sera alors le
déséquilibre créé dans les océans ?
Vie 10 milliards, guerre 2000 : cherchez l'erreur
Au Mozambique, une expédition botanique dont Pro-Natura a fait partie, s'est
fixée comme objectifs de découvrir de nouvelles espèces (pas
une ou deux, non ! plutôt quelques centaines de milliers). Financièrement,
l'inventaire de la biodiversité n'intéresse personne. Avec moins de 10
milliards de dollars pour financer tous les travaux des
scientifiques au niveau mondial, on est très loin des
"investissements" que représentent les 2000 milliards de dollars US de la
guerre en Irak.
Posons une question simple et naïve : qu'est-ce qui est le plus important,
le pétrole ou la vie ?
Afrique du Sud : de l'énergie à n'importe quel prix
Toujours dans des zones chaudes, enfin. En Afrique du Sud des officiels bien
intentionnés ont décidé de faire disparaitre toutes les espèces et
variétés vivantes qui ne sont pas locales. Et ca a commencé dès 2009.
Pourquoi ?
Le "directeur" de cette guerre écologique dénommée "Buffelsjagt" répond que
les arbres australiens implantés là pompent toute l'eau des rivières. Je vais
jouer mon sale gosse de service : pourquoi ? C'est mal que les arbres se
nourrissent d'eau ? Et là on n'obtient pas de réponse... Evidemment. Les
adultes parlent de sujets sérieux, entre eux, et ne répondent pas aux nième
"pourquoi ?" des gamins. Alors le sale gosse cherche et trouve des réponses
tout seul, comme d'habitude.
Si ces géants australiens pompent autant d'eau, c'est parce qu'ils ont soif.
Ce sont certainement des eucalyptus. Un eucalyptus peut pomper 800 litres d'eau
par jour tout seul comme un grand (oui il y a des eucalyptus qui font jusqu'à
100 ou 150 mètres de haut). Ouh la la, c'est pas bien de boire autant. Alors on
coupe... Pourquoi ? Ca fait des dizaines d'années qu'ils sont là, et personne
jusqu'à maintenant en disait du mal.
Oui, et c'est sans compter sur l'intérêt économique de la chose. Les
eucalyptus boivent l'eau de la rivière. Je remonte donc la rivière depuis
Johannesburg (ca marche aussi depuis Pretoria) : on trouve la Crocodile River
d'un côté (c'est beau comme nom, on se croirait dans Crocodile Dundee), et la
Mokolo River de l'autre. Et alors ? Alors rien. Ce sont des rivières qui
coulent tranquillement, alimentées par la Limpopo River depuis le Botswana. Ah
oui au fait au passage Buffelsjagt c'est le nom d'une région au nord de
l'Afrique du Sud, à la frontière avec le Botswana.
Alors pourquoi on coupe ? Les officiels affirment que les arbres pompent les
nappes phréatiques. Ah ? Je pensais que les arbres s'alimentaient surtout avec
l'eau de la vadose. Bon passons ce "détail de l'histoire racontée par des
décideurs".
Je vais vous répondre simplement à cette question : si vous regardez la
carte entre la Crocodile River et la Mokolo River on voit quoi ? De la forêt ?
Oui. Et puis ? Une vieille centrale à charbon et une nouvelle centrale
nucléaire aussi. Alors pour protéger les intérêts économiques, on coupe. En
septembre 2010, on comptait déjà 800.000 hectares "traités" (Round Up inclus
pour décimer les forêts). Ah oui, au fait, j'allais oublier : ces rivières là
coulent en amont des grandes villes. CQFD.
Donc on coupe les arbres parce qu'on installe des centrales énergétiques ?
Ou bien ? C'est pas moi qui le dit, ce sont les rapports de Eskom -l'équivalent
d'EDF en Afrique du Sud-. A lire dans le communiqué
du 9 avril 2010 d'Eskom (qui construit des pipelines pour pomper l'eau !),
et dans les documents de travail du Ministère de l'eau sud africain à consulter
notamment
ici.
Selon les organisateurs de cette guerre écologique, c'est pour le bien des
habitants. J'en doute un peu. Personnellement, de l'eau au goût du Round Up,
j'aimerai pas trop en boire. Quand écologie rime avec protectionnisme
économique, on n'est plus très loin de l'eugénisme ... :-s
Construire mieux avec moins
Avec ces quelques pratiques humaines loin des gros projecteurs, finalement,
ca m'a encore fait plus réfléchir sur mes choix de vie, et sur ce que je devais
en conclure pour la suite de mes activités.
Finalement, 2010 aura été une période utile et riche d'enseignements. Je
vais citer dans le désordre :
- le Réseau
Environnement Santé a montré les liens directs entre l'état de
l'environnement et l'état de santé chez l'humain.
- Pierre
Rabhi qui est un pyasan-philosophe qui m'inspire énormément depuis de
nombreuses années, par son engagement clair pour une terre protégée et vivante,
au service d'une sobriété joyeuse. Sous l'enseigne du Mouvement pour la Terre et
l'Humanisme et des organisations soeurs, ca n'est pas un retour à la terre
qui est prôné, plutôt une évolution logique vers des pratiques
agro-écologiques.
- les fondations comme Goodplanet, la Fondation de France ou la fondation
Suez pour l'environnement sont utiles, cependant elles n'apportent pas de
réponses à court terme pour celles et ceux de nos concitoyens qui survivent à
cause des crises sociales et environnementales. Que leur reste-t-il pour tenter
de vivre dignement : les AMAP, les Restos du Coeur... ?
- A propos des hiérarchies, des modèles dominants-dominés, et des fédérations
et organisations d'aides publiques. J'en ai fais de belles expériences, sans
pour autant être convaincu qu'après le dernier krach boursier en date, et après
le Grenelle de l'Environnement, des pratiques et du sens aient pris corps dans
les grandes organisations.
- Des bouleversements personnels, en lien avec l'intro de ce post et avec le
Réseau Environnement Santé.
Des ces différentes trames, qu'en conclure ? Pour ma part, un point de
convergence évident : la terre. De là à proposer une aide et une manière de
rentrer en agro-écologie tout en douceur, il n'y avait qu'un pas à
franchir.
Et en regardant l'Humain sur Terre, on admire très bien tout le travail réalisé
depuis quelques dizaines d'années par les décideurs, afin de densifier les
villes et industrialiser les sociétés humaines.
Dans ce contexte un peu fou et insensible, doit-on rester les bras croisés
?
En 2008, l'une des séances de coaching écolo* d'un client l'avait mené à
conclure : " (...) quand je vois que les gens crèvent la dalle alors qu'on peut
manger facilement en ville sain et local, ça me rend dingue (...) ".
Evidemment, je me suis souvenu et de ce client, et de ce qu'il est devenu
depuis, et au final de ce que j'en fais aujourd'hui :
de l'
agro-écologie urbaine accessible.
Le premier pas de cette voie agro-écologique urbaine passera donc par :
- l'animation d'un réseau ouvert dénommé simplement Jardins Urbains,
- une activité marchande à but pédagogique appelée Germinaissances.
J'en vais être à reparler de ces 2 là très prochainement.
* (spéciale dédicace à Damien, si tu passes par ici
Sources :
- France 24
- Wikipedia
- Eskom.co.za
- Dwa.gov.za
- Mondialisation.ca