Dans un communiqué de presse daté de fin octobre 2018 - qu'on peut lire ici avec gourmandise https://www.vivea.fr/vivea-affirme-engagement-laccompagnement-createurs-repreneurs-dentreprise-agricole/ - le fond de financement Vivea annonce qu'il va renforcer le contrôle des financements de formation pour les futurs agriculteurs. Chouette :-)

Désormais le financement des formations nécessitera de passer par le PPP (plan de professionnalisation personnalisé), qui est une étape menée par les Chambres d'Agriculture, le plus souvent (statistiques : à vos crayons si vous avez envie, pour compter combien de patrons de Chambres sont en bio non industrielle) présidées et dirigées par des exploitants agricoles, dans une logique industrielle, dominatrice, et conservatrice. Lors de mes visites dans les Chambres d'Agriculture, je n'ai trouvé que des publications plus ou moins institutionnelles et des publications dirigées par la FNSEA. Je n'y ai rien vu d'autres organisations paysannes, et rien non plus concernant les alternatives à l'agriculture dite "conventionnelle". Ou si peu... Ce que j'appelle l'agriculture de synthèse est bien encore présente. Quant aux conseillers rencontrés, de leur propre aveux, leurs "patrons" (je cite) sont dans des logiques toutes autres que de vouloir mettre en place une agriculture paysanne ouverte, saine et accessible au plus grand nombre. J'ai entendu un "on n'a pas le choix, et on ne sait pas ce qui se fait ailleurs". Edifiant. Combien de ces producteurs refusent de manger leurs productions végétales ou animales, en toute connaissance de cause et de conséquences sur leur santé et celle de leurs proches ? Impressionnant.

Je ne juge pas, et je ne dis pas qu'elle est inutile cette agriculture industrielle. Elle l'a été lorsqu'il s'agissait de reconstruire et nourrir massivement l'Europe après la 2e guerre mondiale. Penser nourrir le plus grand nombre : c'est noble et fondamental. Nourrir et flinguer la nature : non merci. Pendant les 30 glorieuses elle a eu son intérêt cette agriculture machiniste intensive et financière. Depuis les années 70, les crises du pétrole, les politiques ultra-libérales, la mondialisation, les pollutions folles connues par le grand public : il y a une nécessité absolue de changement radical du monde agricole. Pourtant il n'en est rien. Il y a beaucoup d'intérêts financiers chez les banquiers, d'intérêts industriels chez les constructeurs, de pression avec les syndicats dominants, de volonté de rester dans un modèle avec des intermédiaires nombreux qui tirent un profit certain du système de subventions et d'aides européennes, et d'intérêt chez certains habitants humains de la Terre à fermer les yeux et à dire "de toute façon on 'y peut rien". Là encore : je ne juge pas, j'observe ce qui se déroule depuis des dizaines d'années. 

Ne nous leurrons pas : désormais pour pouvoir entrer dans le monde agricole, en tant que paysan, il y aura obligation à entrer dans les cases. Les cases obligatoires et lapidaires décidées par les Chambres d'Agriculture, la FNSEA et les grands exploitants agricoles. Pas les cases libres et sobres choisies par les néo-paysans. D'ailleurs la sémantique ne trompe pas -elle- pourtant même dans les éléments de langage il pourrait y avoir une (r)évolution agricole. Même pas.

Je ne dis pas non plus que de créer son activité paysanne est chose aisée. Entreprendre dans l'agriculture nécessite d'avoir un solide bagage, une culture générale large et précise, et être curieux et ouvert pour apprendre. Celles et ceux qui ont des compétences dans d'autres domaines que l'agricole leur permettra de garder le coeur, le corps et l'esprit connectés et bienveillants vis à vis du monde que les générations précédentes nous laissent.

A ce premier filtre du PPP, on ajoutera 2 nouveaux filtres : le CPF (compte personnel de formation), et Pole Emploi. Si ni le CPF ni Pole Emploi ne peuvent ou veulent financer les formations demandées par le futur paysan, alors Vivea étudiera la demande de formation, qui sera limitée à un montant maximum de 2.000 euros par an.

Face à ce frein majeur, et de la ressource-temps que cela nécessite pour passer les étapes et arriver à faire financer une formation pour devenir paysan ou bien pour acquérir des compétences suffisantes, il est sage à mon humble avis d'envisager d'apprendre par soi-même et d'aller apprendre par la pratique auprès de ceux qui savent : paysans et néo-paysans qui expérimentent et qui trouvent des solutions dans une nouvelle ère et avec un souffle frais. Comme je le dis parfois "aux arbres citoyens !". Puisque le haut de la pyramide hiérarchique ne bouge pas, c'est à la base de prendre des décisions et d'avancer. Avancer non pas contre le pouvoir, et plutôt avancer à côté du pouvoir, pour co-construire un autre chemin.

En gros, avant quand vous vouliez vous former, vous pouviez vous inscrire quelques jours ou quelques semaines à l'avance, maintenant ça va se compter en années. J'espère sincèrement que les délais vont rester courts pour les décisions, et que les contraintes et responsabilités entre administrations péri-publiques seront devenues fluides, simples et agréables. Jusqu'ici j'ai surtout vécu des situations où les agents publics et para-publics étaient largués. 

J'en ai avalé des couleuvres jusque là. Manifestement les valeurs de la République ne se conjuguent pas toutes au même temps : le passé antérieur poussiéreux pour certains, le futur simple joyeux pour d'autres.

Amis futurs paysans ouverts aux pratiques différentes, si vous voulez apprendre, je vous invite à vous tourner vers des structures à échelle humaine, où la liberté de choix reste de mise, l'égalité se place au même niveau que l'équité, et la fraternité prend les couleurs de la solidarité citoyenne.